Formation à l'éco-construction en terre crue

Le dimanche 21 juin, nous avons pu participer à une formation découverte de l'éco-construction en terre crue avec l'association Chapeau & Botte.

La formation à durée toute la journée, nous avons rejoint la demeure d'Amélie, son mari Philippe et leurs deux enfants. Cette magnifique maison de 140 m² a été construite exclusivement avec des techniques utilisant de la terre et de la paille ! 🏡 Nous avons donc passé la journée avec cette famille et trois autres personnes curieuses de découvrir cette technique “originale” et pourtant ancestrale !

La maison

Avant de s'attaquer à la théorie et à la pratique (et après un bon café ou thé), Philippe nous a fait visiter cette magnifique maison. Construite sur le principe du chantier participatif (environ 200 personnes sont passées donner un petit ou gros coup de main.) Il a fallu 2 ans pour la terminer. Et le résultat est au rendez-vous ! Diverses techniques ont été utilisées un peu partout dans la maison, ce qui lui donne un style unique et permet à la fois de montrer le résultat des différentes utilisations que nous pourrions faire de la terre.

photo de la maison d'Amélie et Philippe

Maintenant un peu de technique, la maison est posée sur une fondation cyclopéenne (béton lié à la chaux) qui garantit à la maison une bonne stabilité et une certaine isolation aux radiations de radons. En guise de complément pour isoler la maison de l'humidité, il y a un lit de pierre appelé hérisson (mélange de cailloux et de graviers d'une vingtaine de centimètres) suivi d'une dalle en pierre sur lequel la maison est posée.

Afin de surélever les murs du sol, ils ont fait un soubassement avec des parpaings, ce qui évite à la terre des murs d'être grignoté par l'humidité des sols et de la pluie. Ensuite, pour la construction des murs, c'est la technique dite des “cellules sous tension” qui est utilisée. C'est un mélange entre une ossature bois et un mur porteur, c'est-à-dire qu'il y a une structure en bois entre lesquels sont positionnées de force des bottes de paille (de 60 cm de longueur et 40 cm de largeur et de hauteur). Ensuite, c'est la partie intéressante : la terre !

On vient ensuite enduire ces bottes de paille en trois phases :

Et voilà un beau mur en terre ! Cependant, si le mur extérieur est très exposé au vent et à la pluie, il est possible de réaliser un enduit à la chaux pour assurer son isolation et garantir qu'il ne s'érode pas. Quant aux murs intérieurs, ils sont réalisés avec la méthode du torchis expliquée plus tard dans cet article.

Pour les calculs de charpente, la famille à fait appel à un professionnel, en effet, c'est la partie la plus “technique” qui demande une connaissance et un maîtrise du sujet qui ne s'improvise pas. Sur le toit, il y a des tuiles, à l'intérieur de l'OSB4 (conglomérat de copeaux de bois) et de la paille pour isoler.

Vous pouvez respirer la partie technique est terminée 🤯 !

Une famille presque autonome ?

Oui ! Cette famille est quasiment autonome puisqu'ils ne sont ni reliés à l'eau, ni à l'électricité. Ils utilisent des panneaux photovoltaïques situés à environ 50 m de la maison pour générer leur électricité, ils ont fait appel à une entreprise pour les calculs du nombre de panneaux nécessaires et leurs installations. Quant à l'eau, ils ont deux sources : l'eau de pluie qu'ils utilisent pour se laver, arroser les plantes et toutes autres utilisations où ils ne la consomment pas (ils ont des réservoirs de 8 000 L ce qui fait peu pour une famille de 4, ils aimeraient multiplier ce stockage par 2). Pour s'hydrater, c'est l'eau d'une source qui passe sur leurs terrains qui est récupérée et filtrée à deux reprises, avant d'être propre à la consommation. Pour chauffer l'eau, ils utilisent un chauffe-eau au gaz qui chauffe l'eau en direct afin d'éviter la perte de chaleur d'une eau déjà chauffée qu'ils n'utiliseraient pas immédiatement.

Pour chauffer leur maison, c'est un poêle à bois qui est utilisé. En profitant des incroyables caractéristiques de la terre et de la paille, ils ne consomment que 6 stères (environ 6 m³) de bois par an ! En effet en hiver, la chaleur du soleil est directement emmagasinée dans les murs et transmise à l'intérieur de la maison, à l'inverse en été, c'est la fraîcheur du sol qui remonte dans la maison pour la rafraîchir naturellement. Avec cette capacité de transmission de chaleur et d'isolant, la combinaison terre et la paille est un excellent régulateur de température qui économise énormément d'énergie ! Sur le reste du terrain la famille fait régner les principes de la permaculture, on y trouve un potager, un verger (presque) sauvage et énormément de friche !

Les ateliers

Nous avons commencé les ateliers en testant différentes terres avec 3 techniques : la bouteille, la pièce et le cigare (ou boudin pour les intimes).

Technique de la bouteille Mettre ¼ de terre et le reste en eau dans une bouteille, bien secouer et patienter au moins 24 h pour que les différents éléments présents dans la terre se séparent. Après cette attente, on peut voir (de haut en bas) l'argile, le limon, et le sable qui compose notre terre. Vous pouvez donc avoir une idée du rapport qu'il y a dans votre terre et la comparer avec d'autres. Il n'y a pas vraiment de ratios “parfait”, c'est plus une expérimentation à titre indicatif, mais il ne faut pas qu'une terre soit trop de quoi que ce soit, l'essentiel, c'est de trouver le bon équilibre.

Technique de la pastille Couper un centimètre dans un tuyau PVC de 5 cm de diamètre, remplir ce morceau de tuyau avec de la terre à l'état “pâte à modeler” et laisser sécher. Avec cette technique, on peut voir si la terre se rétracte, se fissure, si elle est friable, etc...

Technique du cigare (nous, on préfère l'appeler boudin) Réaliser un boudin de terre homogène de 5 cm de diamètre et d'environ 30 cm de long (texture “pâte a modeler” comme pour le test de la pastille, mais en un peu plus sec). L'objectif est de pousser doucement le boudin sur le rebord de la table (nous avons mis du sable afin qu'il ne s'accroche pas à la table) pour mesurer à quelle distance il va se casser. S'il se casse très tôt, votre terre est trop friable et sablonneuse, à l'inverse s'il ne se casse pas, votre terre est trop molle et argileuse.

photo des différents tests que nous avons faits

Ces techniques servent d'indicateur, mais ne sont en aucun cas des garantis du bon fonctionnement de votre futur mélange. Le plus important, c'est de faire différents essais de votre terre à “usage réel” avec des dosages différent pour trouver ce qui correspond le plus a nos attentes et ce qui fonctionne le mieux (par exemple construire un petit muré pour séparer votre jardin de votre terrasse, ou juste pour le détruire une fois résultat satisfaisant obtenu) ! Outre ces trois tests, Amélie nous a appris plein de choses sur les propriétés de la terre, par exemple, elle est naturellement isolante, elle régule naturellement l'humidité grâce a ses caractéristiques respirantes, naturellement naturelle 😄🌿 si on venait à devoir détruire notre mur, il n'y aurait pas de déchet, la terre retourne à la terre et la paille se compost avec elle !

Après un bon repas, nous sommes passés de la théorie à la pratique ! Amélie nous a fait une démonstration de trois techniques : le torchis, le banchage et l'adobe (brique). Nous avons par la suite faire un test de ces trois techniques sur une petite cabane faites exprès afin de pratiquer et s'entraîner. La règle d'or de la terre/paille, c'est d'humidifier la surface sur laquelle on va venir ajouter de la matière et ne pas travailler par temps humide ou trop chaud pour éviter les problèmes de séchages et de pourriture (quelle que soit la technique utilisée !)

Le torchis Cette technique revient à créer des “torches” de mélange terre et paille (environ 50/50) à positionner sur un maillage de bois. Avec cette technique une personne peut faire environ 1 m² en 2 heures. C'est plutôt simple, il suffit d'ajouter torche par torche en tassant bien pour être sûr de ne pas laisser d'air entre. Il est possible de créer les torches au fur et à mesure, ou bien de les préparer à l'avance en mélangeant avec les pieds (ce qui a beaucoup amusé Ludivine !). Cette technique est plutôt sympa puisqu'elle permet d'avancer à son rythme en travaillant seul ou à plusieurs. Il est également possible de créer des formes qui ressortent du mur. (exemple sur les photos)

montage photo du mur fait en torchis, d'une torche et de Ludivine les pieds dans la boue

Le banchage En réalisant un bardage, on vient tasser de la paille préalablement imbibée de terre (nous l'avons fait dans une baignoire à l'aide d'une fourche). Pour cette technique, il est important d'avancer couche par couche en laissant le temps à la terre et à la paille de sécher entre chaque nouvel étage. Il faut également faire attention à bien serrer le bardage pour éviter de créer des “bourrelets” en tassant la paille. Cette technique est efficace et permet de couvrir rapidement des surfaces droites.

montage photo de la baignoire pour préparer la mixture et du banchage

L'adobe Ou la brique de terre crue, est une technique consistant à faire des briques (tout est dans le nom). Pour ce faire, il faut créer un moule dans lequel on va venir bien tasser le mélange de terre et de paille (dans notre cas la paille à été remplacée par des paillettes de chanvre). Il faut réussir à ne pas laisser d'air dans le moule et a démouler la brique sans la détruire, ensuite il n'y a plus qu'a la faire sécher à l'air libre et à l'abri de l'humidité (pour sécher, c'est mieux oui). Une fois les briques sèches, il suffit de les assemblées en prenant soin de mettre de la barbotine (mélange de terre et eau, texture pâte à crêpes) entre chaque brique (c'est ce qu'on appelle le mortier). Cette technique est pratique puisqu'elle permet de préparer les briques à l'avance (quel que soit le temps extérieur) et pouvoir construire dés que les conditions sont favorables. Il est également possible des faire des briques avec des formes spécifiques. (encore une fois la terre laisse la place à l’originalité !)

montage photo de Ludivine qui prépare une brique et de briques terminées

Nous avons tout au long de la journée échangé avec Amélie, Philippe et les autres participants à la formation. C'était très intéressant, nous en avons beaucoup appris sur la région et les pratiques de la terre/paille. Cette journée fut très instructive et nous avons passé un excellent moment en compagnie de toutes ces personnes ! À présent, il ne nous reste plus qu'à nous entraîner à appliquer ces techniques pour pouvoir à notre tour construire notre maison en terre/paille !

Le jour suivant (Lundi 22 juin) nous partions pour La Lombarde chez Wolfgang & Valérie, ce sera le prochain article !

N'hésite pas à nous envoyer tes impressions et retours par mail à l'adresse : ludivine@tuta.io ou sur mastodon

À très bientôt pour la suite de nos aventures 👋